L’œuvre

Le romancier, entre art et rigolade

Main de Raymond Queneau par lui-même (coll. particulière)
Main de Raymond Queneau par lui-même (coll. particulière)

Pour le grand public, Raymond Queneau est avant tout un romancier, le « père » de Zazie, l’auteur des  Fleurs bleues ou bien le facétieux créateur des Exercices de style. Il est vrai qu’après l’étonnant Chiendent publié en 1933, et présenté comme une réécriture en français parlé du Discours de la méthode de Descartes, Queneau a écrit une quinzaine d’autres romans – et certains sous pseudonyme – qui n’ont pas tous connu le succès : des romans extrêmement divers, récits autobiographiques, romans d’apprentissage, romans sociaux, romans oniriques ou même licencieux…Tous sont composés avec une grande rigueur, selon des principes explicités par Queneau dans des articles théoriques. Ils ont un arrière-plan philosophique voilé, le plus souvent, par une fantaisie multiforme. Tous (ou presque tous) associent « l’art et la rigolade ». Certains – et ce sont les plus célèbres – font une large part au langage familier, à un écrit oralisé. La virtuosité linguistique de Queneau est illustrée également dans ses fameux Exercices de style qui racontent de 99 façons différentes une même anecdote sans intérêt.

« ça a toujours kékchose d’extrême / un poème… »

Mais Queneau n’est pas seulement un prosateur de grand talent, un romancier et un conteur (Contes et propos) ; il est aussi un poète fécond qui a tardé à publier ses textes en recueils (Les ZiauxL’Instant fatalBucoliquesLe Chien à la mandoline, la trilogie de Courir les ruesBattre la campagneFendre les flots ou le dernier ouvrage Morale élémentaire). Passionné par les sciences, il a su les unir à la poésie dans sa Petite cosmogonie portative.Il a pratiqué aussi bien le vers libre que le vers régulier ou le poème à forme fixe (le sonnet surtout). Il a fallu un tome entier de la Bibliothèque de la Pléiade pour réunir l’ensemble de son œuvre poétique encore méconnue, même si certains de ses poèmes, badins ou irrévérencieux – et mis en musique (« Si tu t’imagines ») – sont célèbres.

Au carrefour de tous les arts

Parcours intellectuel de RQ par RQ (coll. particulière)
Parcours intellectuel de RQ par RQ (coll. particulière)

Sait-on également que Raymond Queneau, pendant plusieurs années, a été tenté par le théâtre (même si une seule pièce, En passant, a été publiée) et les arts de la scène (sa collaboration aux spectacles de Roland Petit, notamment pour La Croqueuse de diamants) ? Il s’est ensuite tourné vers le 7ème art, l’une ses grandes passions, aussi bien en tant que spectateur qu’en tant que créateur. Il a été un « écrivain de cinéma » très actif. On retiendra, par exemple, son travail pour René Clément (Monsieur Ripois), pour Jean-Pierre Mocky (Un couple) ou Luis Bunuel.(La Mort en ce jardin). Son œuvre littéraire ne se limite pas aux trois genres canoniques et au cinéma. Queneau a été le collaborateur régulier de revues, de journaux. Il a publié d’innombrables articles, regroupés en recueils (Bâtons, chiffres et lettres, Le Voyage en Grèce) ou restés épars. Il a été aussi essayiste et a publié des écrits théoriques comme, par exemple, ses réflexions sur une philosophie de l’histoire dans Une histoire modèle.

Si l’un des ses romans s’intitule Les Temps mêlés, c’est l’œuvre entière de Queneau qui est placée sous le signe des mélanges, de la variété (des genres, des thèmes, des tonalités), et, pourrait-on ajouter, de la surprise et de l’inventivité. Sa création littéraire est inépuisable, à l’image de cette œuvre poétique quasiment infinie, ces dix sonnets combinables engendrant Cent mille milliards de poèmes.