L’homme

Du Havre à la Sorbonne

Notes autobiographiques (coll. particulière)
Notes autobiographiques (coll. particulière)

Raymond Queneau est né au Havre le 21 février 1903. Fils de commerçants « aux prospères finances », il resta fils unique (« exempleu du déclin de la France ») et vécut ses premières années très protégé dans le cocon familial – même si les terreurs enfouies de l’enfance devaient remonter plus tard à la conscience. Au Havre, il connut la guerre à travers les troupes cosmopolites qui débarquaient dans le grand port normand ; il y suivit, malgré les hostilités, des études secondaires appliquées avant de se décider, suite à sa réussite au baccalauréat en juillet 1920, à entamer des études supérieures de philosophie à Paris. Sa famille ayant vendu la mercerie havraise s’installe alors en région parisienne, à Epinay-sur-Orge. Le jeune bachelier devient, un étudiant quelque peu dilettante à la Sorbonne.

L’expérience surréaliste à Paris

Il découvre la capitale, se fait passionnément « piéton de Paris » et dévore « des livres, beaucoup de livres, énormément de livres ». Très curieux des formes nouvelles de la littérature, il fait la connaissance d’André Breton et de ses amis dès la fin de 1924. Il a 21 ans. Il les fréquente jusqu’à son appel sous les drapeaux en novembre 1925, un service militaire qu’il effectue en Algérie et au Maroc au moment de la guerre du Rif. De retour à Paris au printemps 1927, il renoue avec les réunions du groupe surréaliste, collabore à ses revues ; il fréquente aussi le groupe de la rue du Château animé par Prévert, Tanguy, Marcel Duhamel. Il rompt avec Breton dans le courant de l’année 1929. Il contribue, par un poème injurieux, au pamphlet Un cadavre en janvier 1930. La rupture est violente, douloureuse mais l’expérience surréaliste aura été une étape importante dans l’itinéraire intellectuel de Raymond Queneau.

L’engagement dans le roman

Autoportrait réalisé entre 1946 et 1952. Aquarelle et encre sur papier (coll. particulière)
Autoportrait réalisé entre 1946 et 1952. Aquarelle et encre sur papier (coll. particulière)

Il commence en 1932 une psychanalyse qui durera plusieurs années et, pendant l’été 32, il fait un « voyage en Grèce » qui constitue un moment charnière pour lui. Il se met à rédiger ce qui deviendra Le Chiendent et il y prend conscience, à travers les deux langues grecques, du décalage entre la langue « pure », savante, et la langue orale. De retour en France, il termine son roman et le publie au cours de l’année 1933. Sa carrière d’écrivain commence ; Queneau va publier des romans sur le rythme très soutenu d’un ouvrage tous les ans ou tous les deux ans jusqu’à la guerre. En 1939 il est mobilisé, puis démobilisé en juillet 40 ; il fait de longs séjours à Saint-Léonard de Noblat dans le Limousin où sa famille s’est réfugiée. En septembre 1944, il devient membre du comité directeur du Comité national des écrivains issus de la Résistance.

Vers la notoriété

Après la guerre, Queneau est une figure marquante de la vie littéraire parisienne, et en particulier de la petite société « germanopratine ». Son poème « Si tu t’imagines », mis en musique par Kosma et chanté par Juliette Gréco, l’égérie de Saint-Germain-des-Prés, contribue, avec les Exercices de style parus en 1947, à le faire connaître d’un plus large public. Ses activités littéraires sont extrêmement nombreuses tout au long des années 1950 et 1960. Il exerce alors des responsabilités importantes aux Editions Gallimard, publie romans et recueils de poèmes ; il travaille aussi pour le cinéma, pour le chorégraphe Roland Petit, devient membre de jurys littéraires (dont celui du prix Goncourt). Dans sa carrière de romancier, le point d’orgue est le succès foudroyant, et tout à fait inattendu, de Zazie dans le métro paru au début de 1959. En septembre 1960 un colloque sur son œuvre est organisé à Cerisy-la-Salle ; commence à se constituer alors, à l’instigation de Queneau et de François Le Lionnais, l’Ouvroir de Littérature Potentielle, l’OuLiPo, un atelier qui, sous le signe de la contrainte créatrice, réunira littéraires et mathématiciens. La production romanesque de Queneau se raréfie pendant les années 1960. Progressivement, victime d’ennuis de santé et de plus en plus préoccupé par la vie spirituelle, il se détourne de la petite société littéraire parisienne, prend même ses distances avec la littérature. Sa dernière œuvre publiée est un énigmatique recueil de poèmes, Morale élémentaire (1975), où l’influence des philosophies orientales est très perceptible. Raymond Queneau meurt le 25 octobre 1976.